Social Business vs BoP

Le social business

La philosophie du social business, théorisé part Muhammad Yunus, pourrait se résumer par la formule suivante: « le marché est un mauvais maître mais un bon serviteur ».

Il faudrait au préalable définir un objectif social : l’accession des populations défavorisées à un service de base – microcrédit, accès à l’eau ou à l’énergie – et cet objectif sera, avant le profit, l’étalon de mesure du système.

Un social business doit être pérenne financièrement mais le processus de marché ne doit être que le moyen de parvenir à un  objectif social prédéfini.

Le social business rompt avec l’un des principes fondamentaux de l’entreprise en avançant qu’il ne faut pas reverser de dividendes aux actionnaires. C’est un point clé de la théorie de Muhammad Yunus. Le profit n’est pas condamné mais il doit être intégralement réinvesti dans l’entreprise. Ainsi le social business fonctionne-t-il sur le principe « pas de perte, pas de dividendes ».

C’est également un modèle problématique.

Les sources de financement : Pourquoi des investisseurs s’impliqueraient-ils dans des projets qui limitent leur retour sur investissement ?

La réponse est plurielle. En premier lieu, la philanthropie privée dispose de fonds importants qu’elle peut allouer à ces initiatives à visée sociale. Il existe de nombreuses sources de financement qui ne demandent pas des retours sur investissement classique. Néanmoins, l’effet de masse reste difficile à prouver.

L’efficacité : le marché fonctionne sur un mécanisme simple.

Parce que les entreprises visent à maximiser leur profit, elles vont constamment chercher à s’adapter aux besoins des consommateurs en modifiant, par un processus itératif d’essais et d’erreurs, leur offre de biens et de services. Réponse aux besoins et maximisation du profit sont liés.

Le social business rompt avec ces deux principes : il faut fixer un objectif social et donc prédéfinir les produits qui répondront objectivement au problème social et ne pas chercher de profit pour les actionnaires.

Comment peut-on être assuré que le marché fonctionne dans ces conditions ?

BoP et Social Business

Social business et BoP convergent pour accorder aux procédures de marché une place privilégiée en matière de développement. Pour les théoriciens de ces deux modèles, le marché, c’est-à-dire le libre ajustement entre l’offre d’entreprises et la demande de consommateurs, demeure le levier le plus efficace de lutte contre la pauvreté.L’aide publique ou les systèmes centralisés ne sauraient mettre fin à la pauvreté dans les mêmes mesures que le marché.

Dans cette perspective, BoP et social business partagent la même conception des citoyens pauvres, qu’ils présupposent rationnels et éclairés à long terme. Ils convergent également pour faire de l’entreprise et des entrepreneurs les meilleurs vecteurs de développement. Les deux théories sont donc à cet égard d’inspiration libérale.

De profondes divergences existent néanmoins

Social business et BoP diffèrent fondamentalement : le BoP présume des conséquences positives du marché en matière de pauvreté tandis que le social business vise à utiliser le marché comme un outil de développement.
Il s’agit bien dans le cadre du social business de renverser la perspective de l’entreprise -qui fait traditionnellement de la rentabilité économique l’objectif premier et du développement un effet secondaire – pour mettre au premier rang des priorités les objectifs sociaux.

Des distinctions qui s’estompent sur le terrain

Il est aujourd’hui plus complexe de distinguer ce qui relève du BoP ou du social business. Les avancées théoriques du BoP (et notamment la notion de BoP 2.0 mise en avant par Stuart Hart) d’une part et l’intérêt croissant des multinationales pour le social business d’autre part ont largement brouillé la frontière entre les deux modèles. En outre, il n’existe pas d’initiatives « idéologiquement pures » : toutes les stratégies mises en œuvre sont hybrides et ne sauraient facilement s’inscrire dans des cadres théoriques trop rigides.

On peut néanmoins affirmer que BoP et social business convergent en pratique en matière de création de chaîne de valeurs locales. L’implication des producteurs locaux et la volonté de contribuer à la structuration et au développement du tissu économique local sont des objectifs désormais largement partagés. Aussi les mécanismes de création de valeur se rapprochent-ils largement.

Le véritable point d’achoppement repose désormais sur la répartition de la valeur ajoutée.