Le premier « Baromètre des territoires » et son constat d’une France fracturée

Le premier « Baromètre des territoires » de l’association Villes de France réalisé en partenariat avec la Banque des territoires révèle l’ampleur de la fracture qui traverse le pays. Une majeure partie des Français (80%) considèrent que les métropoles sont choyées par les politiques publiques, au détriment des villes moyennes et rurales alors même que l’attachement est le plus fort dans ces dernières.

Les métropoles, nouveaux protégés

80% des Français estiment que les grandes métropoles et Paris sont les territoires qui bénéficient le plus de la politique de l’actuel gouvernement. Ce sondage réalisé auprès de 1 600 Français de toutes origines géographiques (400 de territoires ruraux ; 400 de villes moyennes ; 400 de métropoles ; 400 de Paris et de la première couronne) est ainsi une preuve frappante que les tensions sociales actuelles découlent tout autant d’une fracture territoriale que sociale . « Il ressort clairement que le clivage territorial n’est plus seulement celui qui sépare Paris des régions. Le nouveau clivage est celui qui sépare les très grandes villes (Lyon, Lille, Nantes etc.) des villes moyennes et des zones rurales », déclare Caroline Cayeux, maire de Beauvais et présidente de l’association Villes de France, association pluraliste d’élus qui rassemble les villes de 15 000 à 100 000 habitants et leurs agglomérations du territoire national.

En outre, les habitants de métropoles se démarquent de leurs concitoyens dans leur perception de la qualité de vie ou du dynamisme économique. Les grandes villes devancent les autres villes dans neuf des dix-huit critères retenus pour le baromètre : accès au numérique, à la santé, à la culture et aux loisirs, aux transports, au commerce, à l’enseignement supérieur, aux services publics, aux actions en faveur des jeunes, avec des taux de satisfaction dépassant généralement les 80%. Et les trois quarts des métropolitains jugent leur ville attractive du point de vue de l’emploi. De plus, ils considèrent que dans bien des domaines (animation culturelle, commerce, santé etc.), la tendance est au progrès. La seule nuance réside dans l’accès au logement et la sécurité (37% des métropolitains considèrent que les difficultés d’accès au logement se sont aggravées au cours des dernières années et 42% pensent que l’insécurité a progressé).

Les villes moyennes, reflets des aspirations …

Les habitants des villes moyennes se caractérisent, dans un premier temps, par un fort attachement à leur ville. En effet, 43% des sondés préféreraient vivre dans une « ville moyenne » s’ils en avaient le choix, contre 35% dans une ville rurale, et à peine 22% dans une grande ville. Les habitants de villes moyennes sont les plus attachés à leur commune : 87% d’entre eux considèrent leur ville comme « particulièrement agréable » et 66% préfèrent vivre dans leur région que partout ailleurs en France.

Les villes moyennes sont aussi mises en avant pour « les ingrédients de la qualité de vie jugés les plus importants par les Français interrogés » : tranquillité, sécurité, proximité, nature, transports, cadre de vie (cinq des dix-huit critères). Excepté pour les transports, elles devancent les métropoles.

… et des inquiétudes des Français

Si la ville moyenne se présente comme un modèle, cet attachement masque de fortes inquiétudes en matière économique, ainsi qu’un rejet de l’Etat et de l’administration. Le fossé le plus visible est l’accès à l’emploi : 40% des habitants de ville moyenne jugent leur territoire attractif d’un point de vue économique, soit 30 points de moins que ceux des métropoles (67%). En matière d’accès aux services (commerce, loisirs, culture, santé, transport, enseignement supérieur…), les habitants de villes moyennes affichent des taux de satisfaction de 14 points moindres que ceux des métropoles (42% d’entre eux jugent que l’offre de santé). A cela s’ajoute un pessimisme très important vis-à-vis du devenir des centres-villes (86% des habitants de villes moyennes sont d’accord avec l’idée selon laquelle les centres des villes moyennes sont « en train de mourir »).

L’autre enseignement du baromètre est le manque de confiance des habitants de villes moyennes dans les instances nationales (gouvernement, administration etc.) pour résoudre leurs difficultés. Ils préfèrent en effet s’en remettre aux mairies. 43% des Français considèrent que la solution peut venir des élus locaux, très loin devant les entreprises locales (28%) et 24% pour le gouvernement. Autre résultat surprenant, les Français sont nettement plus confiants dans l’avenir de leur commune (quelle que soit la taille) que dans celui du pays ou de l’Europe.  L’écart le plus important est celui des habitants de métropoles : ils sont 72% à se dire confiants dans l’avenir de leur ville, et moitié moins pour l’avenir de la France (37%) et de l’Europe (31%).

Le cas critique des villes rurales

Si le baromètre se focalise souvent sur la comparaison villes moyennes-métropoles, il contient aussi de précieux enseignements pour les habitants des territoires ruraux, avec un décalage considérable entre l’attachement au territoire (91% des ruraux disent vivre dans un cadre « particulièrement agréable », soit le plus haut score) et des inquiétudes encore plus marquées que pour les villes moyennes. Seulement 29% sont satisfaits de l’offre de transports (contre 69% dans les villes moyennes et 84% dans les grandes métropoles) et 26% considèrent leur territoire attractif en matière d’emploi (contre respectivement 40% et 72%).

Réalisée peu avant la crise des gilets jaunes, cette étude livre un nouvel éclairage sur la situation que traverse le pays. C’est, en effet, à travers un prisme territorial que cette étude invite à tirer des enseignements.