A l’approche de la trêve hivernale, retour en chiffres sur les bidonvilles en France

Grâce à la loi Egalité et citoyenneté adoptée le 27 janvier dernier, les bidonvilles bénéficient cette année de la trêve hivernale (du 1er novembre jusqu’au printemps), au même titre que les locataires. Cet arrêt momentané des expulsions est l’occasion pour beaucoup de médias de faire un point sur les chiffres et l’évolution du phénomène des bidonvilles en France.

« On vit en France sur le mythe que les bidonvilles ont disparu. C’est faux ! » selon l’historien Yvan Gastaut, de l’université Nice-Sophia-Antipolis. Le phénomène aurait même tendance à s’accroître selon le sociologue Julien Damon, auteur du livre « Un monde de bidonvilles« . Il souligne l’expansion récente des bidonvilles dans les pays développés : « Nous observons depuis quelques années un retour des campements et des bidonvilles sur fond de crise migratoire. Une grande partie de la jungle de Calais correspond exactement à ce que les normes internationales baptisent bidonvilles« .

En effet, il est aujourd’hui difficile d’ignorer ces excroissances urbaines. De l’alignement de cabanes le long des autoroutes qui irriguent l’agglomération parisienne aux installations dans un pré vacant ou au fond d’une forêt, les campements sont partout. S’y ajoutent les grands squats installés dans des bâtiments le plus souvent insalubres. Selon le relevé officiel de la délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal), la répartition est d’ailleurs quasi équitable entre ces deux types de bidonvilles.

Au total, le relevé d’avril 2017 de la Dihal, comptabilisait 571 bidonvilles accueillant près de 16 000 personnes, dont 36% de mineurs. Ceux qui vivent dans leur voiture ou sous une tente isolée n’entrent, en revanche, pas dans le comptage.

Depuis 2013, 5 000 personnes issues de l’habitat précaire ont été logées, soit un peu plus de 1 000 par an. En moyenne, on vit près de sept ans dans un bidonville en France, avant d’obtenir un toit.

« Aujourd’hui les habitants des bidonvilles sont dans leur très grande majorité des ressortissants des pays de l’Est, essentiellement des Roumains et des Bulgares, même si on y croise de plus en plus d’autres populations », explique Olivier Peyroux, sociologue expert du sujet, à la tête de l’association Trajectoires. Les évacuations du mois de septembre ont également permis d’identifier des Moldaves, des Ukrainiens, des Syriens et des Maghrébins. Les Français d’origine qui vivent dans ce type d’habitat organisé sont très rares« Parce qu’on ne s’installe pas comme ça dans un bidonville. En général, il y a un droit d’entrée à payer et on y rejoint des membres de sa famille au sens large », ajoute Olivier Peyroux.

Au delà du pays d’origine, on retrouve une certaine homogénéité dans les profils des habitants des bidonvilles : une majorité de familles avec enfants, un faible niveau d’étude et la ferraille ou la mendicité comme activité principale.

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