L’accès aux soins pour protéger les orangs-outans, un nouveau modèle de lutte contre la déforestation en Indonésie

Depuis 2016, l’orang-outan a été placé sur la liste rouge des espèces « en danger critique d’extinction » par l’Union International pour la Conservation de la Nature (UICN).  La cause principale de la disparition de cet animal est la destruction de son habitat par l’Homme. Sur l’île de Bornéo, les ONG Health in Harmony et Alam Sehat Lestari (ASRI – en anglais Healthy Nature Everlasting) se sont mobilisées pour comprendre les causes de cette destruction et essayer d’y remédier en mettant en place une solution innovante : proposer des soins médicaux abordables aux communautés locales en échange de la réduction de la coupe illégale des arbres.

Aujourd’hui, le parc national de Gunung Palung, abritant environ 10% de la population restante d’orangs-outans de l’île de Bornéo, n’est pas épargné par le phénomène de déforestation qui touche l’Indonésie. Plusieurs causes sont associées à la destruction de ce parc pourtant officiellement protégé : l’agro-industrie alimentée par le développement de l’huile de palme, la tradition de culture sur brûlis et l’abattage illégal des arbres à destination du marché noir. Selon l’UICN, ces activités ont détruit plus de 100 mille kilomètres carrés de forêt entre 1973 et 2010 faisant craindre la disparition de plus de 80% des orangs-outans d’ici 2025 par rapport à 1950.

Face à ce constat alarmant, Health in Harmony a mené une étude basée sur une approche « d’écoute radicale » visant à comprendre les raisons poussant les populations locales à contribuer à la déforestation et trouver un moyen de mettre un terme à l’abattage des forêts. Ainsi, suite à une série d’entretiens auprès des locaux, deux causes expliquant le recours à l’abattage sont ressorties :

  • Les pratiques agricoles : la culture sur brûlis étant encore très importante en Indonésie, les sols se dégradent particulièrement vite. C’est pourquoi les agriculteurs sont obligés d’empiéter sur la forêt où les sols sont plus fertiles ;
  • L’accès aux soins : les populations locales n’ayant pas de couverture médicale, les soins coûtent rapidement très chers et les familles sont souvent obligées de revendre du bois de manière illégale sur le marché noir afin de financer leurs soins médicaux.

Une fois ces deux causes identifiées, l’ONG a décidé de lancer un programme d’incitations sociales afin de motiver les locaux à ne pas contribuer à la déforestation. Pour cela, Health for Humanity a ouvert en 2007, une clinique dans la ville de Sukadana. L’ONG ASRI a été créée afin de pouvoir superviser le projet à l’échelle locale. Ayant établi l’infrastructure nécessaire pour fournir des soins de qualité et accessibles aux populations locales, ASRI a mis en place des réductions de frais médicaux pour les communautés s’engageant à réduire leur coupe de bois allant jusqu’à 70% de remise pour ceux arrêtant complètement les pratiques d’abattage. Ce système permet ainsi aux communautés de ne plus avoir recours à la déforestation pour financer leurs soins médicaux et limite l’endettement dans la région. L’ONG a également développé un système monétaire permettant aux villageois de payer avec des plants d’arbres, des graines et du compost. Les patients peuvent épargner en plantant des arbres en prévision de besoins médicaux futurs. Quant aux ressources récupérées, elles sont utilisées pour reconstituer l’habitat détruit des orangs-outans.

Depuis la création de la clinique, ASRI a également recruté plusieurs « gardes de la forêt » dans chaque village proche de la ville de Sukadana. Leur mission consiste à encourager leur communauté à ne plus abattre les arbres, à surveiller les abattages illégaux et offrir des formations aux techniques de la culture biologique.

Selon les ONG Health for Humanity et Alam Sehat Lestari, les résultats de cette initiative de « conservation communautaire » sont positifs :

  • Sur les 1 350 familles qui pratiquaient la coupe illégale en 2007, seules 180 y ont encore recours ;
  • Plus de 100 mille personnes ont désormais accès à des soins accessibles et la mortalité infantile a été réduite par trois ;
  • Les zones « reforestées » grâce au nouveau système monétaire ont commencé à faire leurs preuves avec le retour d’orangs-outans dans des zones autrefois désertées ;
  • Les villageois ayant bénéficié de formations à la culture biologique ont vu leur revenu augmenter.

Suite à ces résultats, l’ONG a ouvert un hôpital et un centre de formation afin d’élargir la liste de soins proposés et d’inclure des traitements d’urgence et chirurgicaux. ASRI envisage également de créer des unités de soins mobiles afin d’atteindre les populations plus isolées.

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