Le revenu universel, un dispositif qui risque d’accentuer la pauvreté selon l’OCDE

L’OCDE a publié le 24 mai une note« Le revenu de base, que changerait-il ? », dans laquelle elle analyse les effets qu’aurait le versement d’un revenu universel dans quatre pays européens (France, Finlande, Italie et Royaume-Uni). La question du revenu universel fait de plus en plus débat dans un contexte où les nouvelles formes d’emploi interrogent aujourd’hui les systèmes de protection sociale construits sur un modèle salarial. Mais selon l’OCDE, la mise en place d’un dispositif universel pourrait être contre-productif en matière de lutte contre la pauvreté.

Le développement du travail indépendant pose la question de la protection sociale, que les systèmes actuels ont encore du mal à couvrir. Pour rappel, les travailleurs indépendants étaient près de 162 millions en Europe (dont 13 millions en France) en 2016 et 15 millions aux Etats-Unis selon le cabinet McKinsey.

« Si le revenu de base fait tant polémique, c’est qu’il met en évidence les manquements de nos systèmes de protection sociale à couvrir tout le monde de façon efficace. Et ce phénomène va être amené à s’accroître avec l’évolution du monde du travail, l’essor des plateformes et des formes d’emploi atypiques. »

 

L’étude de l’OCDE prend comme hypothèse le scénario d’un revenu de base universel, c’est-à-dire versé sans conditions de ressources à tous les individus en dessous de l’âge légal de la retraite (y compris les mineurs). Le montant de ce revenu est considéré comme égal à celui des prestations et des exonérations d’impôt existantes, soit le niveau du revenu minimum garanti, qui est de 456 euros en France pour un adulte et de 100 euros pour un enfant. Pour rappel, ce niveau reste inférieur au seuil de pauvreté dans tous les pays européens. Quant au financement, et pour respecter la neutralité budgétaire, les chercheurs de l’OCDE se sont basés sur deux postulats : (1) la réduction des transferts actuels (chômage, RSA, allocations familiales, etc.) tout en conservant des aides ciblées (invalidité, logement, etc.) et (2) une suppression des exonérations d’impôts.

Si la mise en place d’un tel dispositif serait financièrement possible, les chercheurs s’interrogent sur son impact sur la pauvreté. Selon eux, un revenu universel ferait plus de perdants que de gagnants. Cela s’explique par plusieurs raisons, parmi lesquelles une baisse du montant de l’aide pour certaines catégories et un surcroît de charge fiscale non compensée par le revenu universel. En France, cela permettrait à 2 % de la population de sortir de la pauvreté, mais cela conduirait dans le même temps 5 % de la population à y basculer. En Finlande, en France et au Royaume-Uni, le taux de pauvreté augmenterait, tandis qu’il stagnerait dans le cas italien (voir graphe ci-dessous).

Les personnes à bas revenus bénéficiant aujourd’hui d’une aide seraient les plus pénalisées (préretraités et chômeurs en tête en France et en Italie), tandis que celles à revenu intermédiaire ne bénéficiant pas de prestation seraient les plus avantagées (en particulier en France, et dans une moindre mesure en Finlande et au Royaume-Uni).

Les chercheurs de l’OCDE proposent alors plusieurs pistes pour éviter cet effet contre-productif. Parmi celles-ci, l’idée d’un dispositif partiel destiné aux personnes en emploi, en recherche d’emploi ou participant à des activités sociales comme le bénévolat, l’éducation ou la santé (modalités proposées par l’économiste britannique Anthony Atkinson en 1996). D’autres pistes consisteraient à limiter dans le temps l’aide versée ou à déployer le dispositif de manière progressive auprès de la population.

Pour consulter l’étude complète, cliquez ici.

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