En Inde, des Intouchables devenus millionnaires

En 1991, l’Inde libéralisait progressivement son système économique et s’ouvrait aux investissements étrangers. 25 ans après, quels en sont les effets ? Selon les économistes indiens M. Nair et G.P. Manish de l’université de Troy (Etats-Unis), la libéralisation de l’économie aurait offert de nouvelles opportunités économiques à la classe des « Intouchables », traditionnellement  reléguée au bas de la société indienne. Ils ont publié en août un article intitulé Markets are Breaking Down India’s Caste System, Turning Untouchables into Millionaires sur le site de la Foundation for Economic Thought, un organe à but non lucratif visant à « enseigner les principes d’une société libre à tous. »

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Dans les années 1990, une vague de réformes successives ont petit à petit démantelé les politiques économiques socialistes indiennes pour laisser la place à une économie de marché. La fin des licences Raj – un système élaboré de licences qui régulait et planifiait strictement l’économie indienne – en fut notamment une étape importante. Pour les économistes M. Nair et G.P. Manish, cette ouverture de l’économie aurait permis l’émergence d’une classe moyenne en Inde, passée de 30 millions de personnes en 1991 à 300 millions de personnes en 2014 (+900%) – alors que la population totale passe de 888 millions à 1,295 milliards d’habitants (+45%) dans le même temps, selon les chiffres de la Banque Mondiale. De manière moins attendue, elle aurait également permis à la classe indienne la plus basse – les Intouchables, ou Dalits, historiquement et traditionnellement relégués aux tâches les plus ingrates, et donc très pauvres – d’émerger de la pauvreté en leur offrant de nouvelles opportunités économiques. Certains seraient maintenant à la tête d’entreprises au chiffre d’affaires multimillionnaire, et emploieraient des personnes de classes supérieures. Les économistes donnent notamment les exemples de T. Barnabas, Intouchable aujourd’hui à la tête d’une entreprise de recyclage de déchets industriels ou M. Rao, directeur d’un groupe d’entreprises spécialisées dans la construction. Selon les auteurs, l’Inde compterait une trentaine de Dalits millionnaires à ce jour.

Ces exemples seraient, selon les deux économistes, une illustration du pouvoir des marchés économiques et de la main invisible d’Adam Smith, offrant de nouvelles perspectives économiques et permettant de combattre des discriminations sociales fortement ancrées dans les traditions. Alors que l’appartenance à une classe se transmet traditionnellement de génération en génération, le coût d’opportunité de la discrimination serait plus élevé dans une économie ouverte que dans une économie socialiste, dès lors que la productivité marginale de l’employé discriminé est plus importante. Autrement dit, si je refuse d’embaucher une personne compétente parce qu’elle est Intouchable alors que mon concurrent est prêt à le faire, je risque d’amputer mes profits. Ainsi, la Chambre de Commerce Dalit encourage les Intouchables à « combattre les castes avec le capital » en devenant « pourvoyeurs de travail, et non pas chercheurs d’emploi ». Elle regroupe aujourd’hui 5 000 entrepreneurs Dalits, avec des revenus cumulés qui atteignent 500 millions de dollars.

Pour rappel, en 2011, 21,9% de la population indienne vivait toujours en-dessous du seuil de pauvreté national selon la Banque Mondiale. Un chiffre en baisse par rapport aux années 1990 (45,3% en 1993), mais toujours très élevé. Bien que la discrimination de caste soit interdite en Inde, les Dalits restent la classe sociale la plus pauvre, la plus démunie et la moins éduquée. Ils représentent environ 170 millions de personnes, soit 16,6% de la population.

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