La France, « malade du mal-logement » selon la Fondation Abbé Pierre

D’après le rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre publié fin janvier 2016, entre la hausse du nombre de personnes sans domicile et le manque d’engagement des politiques, la France serait « malade du mal-logement ». Selon l’organisation, 15 millions de personnes sont touchées par ce phénomène (3,8 millions sont « mal logées » et 12,1 millions « fragilisées »).

un-sdf-a-paris-le-31-mai-2015_5485572

Parmi les grands chiffres du rapport :

  • Entre 2001 et 2012, le nombre de personnes sans domicile a considérablement augmenté. Aujourd’hui près de 141 500 personnes sont à la rue, logent à l’hôtel, en centre d’hébergement ou sous un abri de fortune ;
  • Près d’un million de personnes vivent en « surpeuplement accentué », ce qui veut dire qu’il leur manque deux pièces ou plus comparé à la norme de peuplement ;
  • Enfin, 2,1 millions de personnes vivent dans des conditions très difficiles (pas d’eau courante, pas de WC intérieurs, pas de douche, pas de moyen de chauffage ou pas de coin cuisine).

Constatant que les ménages les plus pauvres consacrent à leur logement une part trois fois supérieure à la moyenne (55,9% contre 17,5%),  la Fondation Abbé Pierre souligne que « le logement est le reflet des inégalités, mais il est aussi accélérateur des inégalités ». L’organisation rappelle également le lien entre mal-logement et problèmes de santé. Que ce soit dans les rues, dans les bidonvilles ou dans les logements indignes, le manque d’hygiène aggrave l’état de santé des personnes déjà fragiles et augmente les problèmes respiratoires, d’intoxications ou d’allergies.

Si la Fondation reconnait certaines avancées en termes d’engagement politique notamment le remplacement des tarifs sociaux de l’électricité et du gaz pour les ménages modestes, elle déplore que la garantie universelle des loyers votée en 2014 ait été abandonnée car jugée trop coûteuse. Quant à certains objectifs annoncés, comme la construction de 150 000 logements sociaux par an, ils « sont bien loin d’être atteints », souligne le rapport. Ainsi l’organisation appelle les pouvoirs publics à agir :

  • en construisant des logements sociaux accessibles aux ménages les plus modestes ;
  • en logeant les ménages reconnus prioritaires Dalo (droit au logement       opposable) ;
  • en menant une politique de prévention des expulsions locatives et des évacuations de terrain ;
  • en régulant les marchés de l’immobilier ;
  • en mettant un terme au renouvellement sans fin de l’hébergement d’urgence pour les SDF par l’intermédiaire de solutions plus durables.

 Face à cette situation, il est à noter que certains centres d’hébergement tels que les Enfants du Canal issu du mouvement les Enfants de Don Quichotte né en 2006, tentent d’offrir des solutions durables à leurs pensionnaires. Ainsi, dans leur centre de la rue Vésale, des travailleurs sociaux accueillent une trentaine de pensionnaires « tant qu’ils n’ont pas de solution d’hébergement durable ». « Ce centre, c’est la seule vraie solution. Il y a une pression terrible quand chaque soir tu dois appeler le 115, que tu dois changer d’endroit tous les trois mois… C’est un engrenage infernal où tu ne peux pas avancer. Ici, on peut se poser et prendre des vraies décisions », commente l’un des résidents. Ces derniers apprécient le fait de se sentir chez soi, de pouvoir décorer leur chambre et garder leurs animaux. Par ailleurs, l’un des principes de l’organisation est de rejeter l’assistanat. C’est pourquoi les pensionnaires se relaient pour faire le ménage et préparent leurs propres repas se sentant ainsi plus indépendants et à même à s’en sortir.

Publicités