Innovations for Poverty Action : évaluer les programmes de développement

Fin novembre, Innovations for Poverty Action (IPA), une ONG américaine visant à rapprocher recherche académique et mise en œuvre opérationnelle des politiques de développement dans les pays du Sud, a publié son rapport annuel. L’organisation spécialisée dans l’évaluation de l’efficacité des programmes et politiques de développement dans le monde, y présente onze études d’impact réalisées en 2014.

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Présente dans 17 pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie, l’ONG collabore avec plus de 400 organisations partenaires travaillant dans des domaines allant de l’éducation à la santé en passant par la sécurité sociale ou la gouvernance. À travers ses différentes études, IPA cherche à mesurer l’impact des programmes de développement afin d’optimiser les efforts des organisations de la société civile et d’améliorer les politiques publiques visant à réduire la pauvreté.

Voici trois exemples développés dans le rapport de 2014 et illustrant les activités de l’ONG :

  • Au Mali, IPA s’est associé à l’ONG Save the Children et à l’institution de microfinance Soro Yiriwaso afin d’évaluer un nouveau dispositif destiné aux fermiers n’ayant pas les moyens d’investir dans des intrants modernes tels que des semences améliorées ou des engrais. Le dispositif permet aux habitants d’avoir accès à un micro-crédit appelé « Prêt de campagne » versé juste avant la saison des plantations. Délivré à des groupes de femmes dans des associations de villages, ce prêt doit être remboursé en une seule fois, immédiatement après les récoltes. Les résultats de l’évaluation conduite dans 198 villages par IPA ont permis de confirmer l’efficacité de ce programme : le prêt a permis d’augmenter les investissements des fermiers et donc la production agricole. Par ailleurs, toutes les femmes ont remboursé leur emprunt dans les délais et 65% d’entre elles l’ont renouvelé.
  • Dans la ville de Monrovia, capitale du Liberia où le taux de criminalité est très élevé (en particulier chez les jeunes sans emploi), IPA a évalué l’impact d’une thérapie comportementale de huit semaines sur 1000 jeunes des rues (dont 38% avaient déjà participé à des groupes armés et plus de la moitié avait commis un vol récemment). Afin d’optimiser l’efficacité de ce programme, l’ONG a étudié trois différents cas de services : (1) la thérapie comportementale seule, (2) le versement d’argent liquide seul et (3) la thérapie comportementale combinée au versement d’argent liquide. L’évaluation faite par IPA a permis de montrer que le programme était le plus efficace lorsqu’il conciliait versement d’argent liquide ET thérapie comportementale. En effet, un an après la fin de cette thérapie, le trafic de drogue et les vols ont été réduits de 40% chez les jeunes ayant reçu une thérapie et de l’argent liquide.
  • IPA a enfin mené une étude sur plus de 21 000 foyers répartis sur six pays (Éthiopie, Ghana, Honduras, Inde, Pakistan et Pérou) afin d’évaluer l’efficacité du « Graduation Model ». Inspiré du « Challenging the Frontiers of Poverty Reduction/Targeting the Ultra Poor (CFPR/TUP) program » de l’ONG bangladaise BRAC, le « Graduation Model » est un programme de 2 ans développé par le Consultative Group to Assist the Poor (GCAP) et la Fondation Ford visant à fournir un ensemble de service aux plus pauvres. Suivant une approche holistique, le programme a mis à la disposition de foyers sélectionnés au hasard pour le pilote du programme en 2011 plusieurs éléments : un bien leur permettant de se lancer dans une activité, des cours afin d’apprendre à utiliser ce bien, des aliments de base et de l’argent liquide afin de réduire la nécessité de vendre le bien reçu en cas d’urgence, une éducation sanitaire, un accès à la santé et un compte d’épargne. Les résultats de l’évaluation menée par IPA en 2014, soit 3 ans après le début du pilote, ont montré trois impacts particulièrement positifs du programme : (1) les participants ont globalement pu épargner et acquérir plusieurs biens, (2) ils travaillent plus et ont moins souvent faim, (3) ils sont moins stressés et en meilleure santé que les personnes n’ayant pas participé au programme. Selon les données d’IPA, pour un dollar donné en Inde, les foyers ont perçu 4,33 dollars de bénéfices sur le long terme. Suite aux analyses de l’ONG, le programme a été étendu à plus grande échelle en Inde et au Pakistan. De même, le gouvernement éthiopien envisage de renouveler le programme afin de toucher près de 3 millions de personnes.
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