L’Europe et la France toujours plus menacées par la pauvreté

Au cours des derniers mois, le Bertlsemann Stiftung et le Secours Catholique se sont respectivement penchés sur les questions de « justice sociale » en Europe et d’« extrême pauvreté » en France. Dans leurs rapports respectifs, les deux organisations ont tiré la sonnette d’alarme, en montrant que :

  • L’extrême pauvreté gagnait du terrain en Europe, menaçant en particulier les mineurs d’Europe du Sud.
  • Si la France parvient plutôt bien à prévenir la pauvreté, les politiques de cohésion sociale et d’intégration des populations les plus pauvres sont encore insuffisantes.

Une femme sans-abri, s'abrite du froid dans un hall d'immeuble le 30 Janvier 2012 ‡ Tours. Le secrÈtaire d'Etat au Logement Benoist Apparu a demandÈ aux prÈfets de prendre en charge "100% des demandes" d'hÈbergement d'urgence pendant la vague de grand froid qui sÈvit actuellement en France. AFP PHOTO/ALAIN JOCARD A homeless woman takes shelter in a buiding, on January 19, 2012 in Tours, central France. AFP PHOTO / ALAIN JOCARD

Le rapport « Social Justice Index », publié fin octobre par le cercle de réflexion allemand Bertlesmann Stiftung, a étudié la situation sociale des pays de l’Union Européenne (UE) et mis en garde contre les fractures qui se creusent de plus en plus entre les pays d’Europe du Sud et du Nord d’une part, et entre les générations d’autre part.

L’étude a classé les pays de l’UE selon six critères de « justice sociale » : la pauvreté, l’éducation, le marché du travail, la santé publique, la justice entre les générations et la cohésion sociale. Selon le rapport, 26 millions de mineurs en Europe sont menacés de pauvreté ou d’exclusion sociale (soit 26,4% des mineurs en 2007 contre 27,9% en 2015). Les pays d’Europe du Sud tel que l’Espagne, l’Italie, la Grèce et le Portugal sont les plus concernés – le chiffre passant de 28,7% en 2007 à 33,8% en 2015. Face à ces chiffres, le Bertlesmann Stiftung rappelle que « la lutte contre la pauvreté des enfants [devrait] devenir une priorité pour l’UE et ses pays membres ». L’organisation a également recommandé d’investir dans l’éducation des enfants dès le premier âge, ainsi que la mise en place d’une politique de réduction des dettes publiques qui pèseront de plus en plus sur l’avenir des jeunes générations.

Au contraire, le rapport montre que la situation s’est améliorée pour les personnes âgées : alors que 24,4% d’entre elles étaient menacées par la pauvreté en 2008,  cette part est passée à 17,8% en 2015. Le Bertlesmann Stiftung rappelle en effet que la crise a surtout frappé les jeunes, débutant leur carrière – creusant ainsi les inégalités entre les générations.

La France, qui se classe en 12ème position (sur les 28 pays étudiés), présente un bilan en demi-teinte :

  • 5ème en termes de prévention de la pauvreté ;
  • 9ème en termes de santé publique ;
  • 11ème en termes de marché du travail et de cohésion sociale ;
  • 11ème en termes de justice intergénérationnelle ;
  • 18ème en termes « d’éducation équitable ».

Ce bilan a été confirmé par le rapport annuel du Secours Catholique, publié début novembre, qui propose, comme chaque année, « une photographie de la pauvreté » en France. Selon cette étude, basée sur la situation et les témoignages des personnes accompagnées par l’association :

  • Le revenu médian des 600 000 personnes reçues dans les permanences de l’organisation en 2014 est de 535 euros par mois ;
  • 33,6% des bénéficiaires sont des étrangers dont la moitié n’a pas de statut : « ce sont les migrants qui payent le plus lourd tribu de la pauvreté. En quatre ans, leur revenu médian est passé de 384 à 340 euros » ;
  • L’âge moyen du public accueilli par le Secours Catholique est passé de 41,7 ans en 2010 à 43 ans en 2014. Si la part des personnes ayant fait des études secondaires ou supérieures a augmenté de 3 à 5 points, l’association rappelle que les plus de 50 ans souffrent de plus en plus du manque de perspectives de retour à l’emploi.
Publicités