La précarité énergétique face au défi des données

L’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (Iddri) a publié en avril dernier un rapport intitulé « La précarité énergétique face au défi des données » qui montre que les politiques de lutte contre la précarité énergétique se heurtent aujourd’hui à un problème de taille : l’absence de données fiables et exhaustives sur ce phénomène. Si la question de l’existence et de la fiabilité des données est particulièrement sensible dans le cas de la précarité énergétique, il est intéressant de noter qu’elle est commune à toutes les politiques sociales en France.

precarite-energetique-jf-leray

Le rapport rappelle qu’il existe aujourd’hui six grandes étapes pour la mise en œuvre des politiques de lutte contre la précarité énergétique :

  1. Représentation politique du phénomène :  donner corps au concept et qualifier le problème ;
  2. Diagnostic national : comprendre les causes et les conséquences du phénomène ;
  3. Diagnostic territorial : définir les typologies de ménages affectés et cartographier le problème ;
  4. Détection : identifier de manière plus précise les ménages ;
  5. Mise en œuvre : exécuter ces politiques, notamment grâce à une coordination étroite entre tous les acteurs locaux ;
  6. Evaluation : évaluer l’efficacité des mesures mises en place.
À chacune de ces étapes se posent des enjeux de données différents. Au total, l’Iddri identifie cinq grands types d’enjeux relatifs aux données :
  • L’existence de données exhaustives et fiables : existe-t-il toutes les données nécessaires pour caractériser le phénomène ?
  • La centralisation de données dispersées : comment structurer l’information répartie entre différents acteurs et à différentes échelles ?
  • Le croisement entre des données hétérogènes : comment croiser des données sociales et environnementales ?
  • L’accès aux données : comment gérer la protection des données personnelles notamment garantie par le secret statistique? Quel régime de propriété et quelles procédures d’accès pour les données possédées par des acteurs privés ?
  • Le renouvellement et la mise à jour des données : les données disponibles reflètent-elles encore la situation présente ?

A titre d’exemple, la phase de détection bute sur l’exhaustivité des données : aujourd’hui, les bases de données sur lesquelles sont fondés les programmes d’aide (comme les tarifs sociaux de l’énergie par exemple) n’intègrent que le critère du revenu et reflètent donc uniquement la précarité économique des ménages.

Alors que 3 milliards d’euros sont dépensés chaque année pour lutter contre la précarité énergétique, l’Iddri rappelle qu’il est important d’apporter des solutions à ces enjeux de données, afin d’optimiser les programmes et les politiques mis en oeuvre. Le rapport propose ainsi une série de recommandations. Par exemple : réaliser une enquête biennale construite sur la base de Phébus (« performance de l’habitat, équipements, besoins et usages de l’énergie) pour mieux mesurer l’évolution temporelle du phénomène de la précarité énergétique, mieux valoriser les données associatives (Croix-Rouge, Secours populaire, Secours catholique, etc.), constituer des fichiers exhaustifs à l’échelle du ménage croisant revenu et énergie, développer des guides des outils de spatialisation et de cartographie de la précarité énergétique à destination des acteurs de territoire, faciliter l’accès aux fichiers des dispositifs d’aide (tarifs sociaux, FSL), etc.

Pour retrouver l’intégralité du rapport, cliquez ici.

Publicités