L’invisibilité sociale : un enjeu au coeur de la lutte contre la pauvreté

L’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale a publié en octobre dernier la synthèse d’une étude sur l’invisibilité sociale, réalisée par FORS-Recherche Sociale. Cette étude cherche à étayer la connaissance sur les personnes pauvres et précaires, mal couvertes par la statistique publique, peu visibles pour les pouvoirs publics et ainsi peu ou mal appréhendées par les politiques sociales.

FORS-Recherche Sociale a étudié différents groupes de population pauvres*, à partir desquels elle a pu identifier cinq types corrélés d’invisibilité :

(1) Invisibilité sociale et (2) invisibilité institutionnelle : personnes exclues des espaces de représentation et de participation citoyenne. L’enjeu pour ces personnes vise à se regrouper pour constituer un groupe social pouvant bénéficier d’une intervention publique.
 (3) Invisibilité politico-médiatique : personnes sur lesquelles se concentre l’attention médiatique, reflétant les préoccupations politiques. Le risque pour ces invisibles visibles est qu’ils fassent l’objet de stéréotypes (ex : personnes âgées lors de la canicule de 2003).
(4) Invisibilité « recherchée » par les publics eux-mêmes : personnes qui sortent volontairement du champ de visibilité des institutions (syndrome d’auto-exclusion) et dont la crainte de la stigmatisation est souvent forte.
(5) Invisibilité scientifique : personnes échappant de fait aux statistiques nationales car elles ne font pas valoir leurs droits sociaux** ou ne le peuvent pas (personnes en situation irrégulière par exemple). Cette invisibilité met en exergue l’inadaptabilité des outils statistiques disponibles.

Il ressort de cette recherche que la connaissance de l’environnement familial et relationnel de ces publics est déterminant dans la compréhension de l’invisibilité sociale car il peut être un facteur « d’invisibilisation ».

Les résultats d’une étude plus large sur le sujet est attendu pour fin 2015.

* Les personnes sans domicile stable dont les hébergés chez des tiers ; les sortants d’institutions dont les sortants de prison ; l’entourage familial des enfants placés ; les personnes logées présentant des troubles mentaux ; les travailleurs non-salariés pauvres ; les jeunes en milieu rural et les néo-ruraux pauvres.

** A noter : le gouvernement a lancé le 30 octobre dernier la plateforme en ligne  « Mes aides », simulateur de droits sociaux qui vise notamment à lutter contre le phénomène de non-recours.

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