« C’est cher d’être pauvre »

Le 27 novembre dernier, France 2 diffusait un reportage d’Envoyé Spécial intitulé « C’est cher d’être pauvre » qui montre que les ménages précaires des pays développés ne sont pas à l’abri des pénalités de pauvreté. Ce reportage fait écho à un article récemment publié dans le Washington Post, mettant en lumière le surcoût que doivent payer les consommateurs pauvres américains au quotidien.

Ces deux actualités témoignent de l’importance prise par le sujet des pénalités de pauvreté dans le débat public sur la lutte contre la pauvreté dans les pays développés.

Les pénalités de pauvreté : un concept au cœur des stratégies BoP

L’une des théories fondatrices des stratégies BoP, popularisée par l’auteur C.K. Prahalad et développée initialement pour les pays émergents, repose sur le constat qu’il existe des « pénalités de pauvreté », qui représentent le surcoût qu’un consommateur pauvre paie généralement pour ses biens et services. En effet, les populations pauvres souffrent du paradoxe indécent et contre-intuitif selon lequel elles paient souvent plus cher leurs biens et services que les populations plus aisées. Ces pénalités sont observables dans un grand nombre de secteurs. L’exemple bien connu développé par C.K. Prahalad concerne les prix pratiqués dans un bidonville de Bombay et dans un quartier résidentiel de la ville :

Un concept initialement développé pour les pays émergents transposable aux pays développés

L’article du Washington Post publié mi-octobre rappelle que les pénalités de pauvreté touchent également les ménages précaires dans les pays développés. L’article prend l’exemple des magasins spécialisés en location avec option d’achat aux États-Unis.

Alors que toute une frange de la population américaine rencontre de plus en plus de difficultés depuis la crise des subprimes (accès au crédit limité, absence de compte bancaire, peu de liquidités, difficultés pour économiser, etc.), des magasins aux pratiques contestées ont fait leur apparition. Buddy’s, Aaron’s ou encore Rent-A-Center sont des nouvelles enseignes de distribution (ameublement, électroménager, etc.) faisant miroiter aux ménages en difficulté une solution pour se porter acquéreur qui se révèle, en fait, beaucoup plus onéreuse :  ces enseignes proposent en effet des paiements échelonnés mais dont les taux d’intérêt sont quasi-usuriers, dépassant les 100%. Ainsi, un canapé dont le prix initial est de $ 1 500 revient à un coût total de $ 4 158 lorsqu’il a été remboursé par échéances hebdomadaires durant deux ans.

Bien que 75% des biens soient retournés en boutique, signe des difficultés rencontrées par les ménages précaires, ces chaînes connaissent un essor tant fulgurant qu’inquiétant.

Le rôle des entreprises pour lutter contre les pénalités de pauvreté

En 2011, l’Action Tank Entreprise et Pauvreté et le BCG ont réalisé une étude sur les pénalités de pauvreté en France. L’objectif de cette étude était à la fois d’expliciter et quantifier l’impact des pénalités de pauvreté sur le budget des ménages pauvres ; d’isoler les mécanismes sous-jacents et identifier les leviers d’actions susceptibles d’en atténuer les effets ; et enfin de sensibiliser les entreprises au rôle qu’elles peuvent jouer dans la mise en œuvre de solutions. Par une analyse détaillée des postes de dépenses des ménages pauvres, l’étude révèle que les pénalités de pauvreté sont comprises entre 10 000 et 11 000 € par an et représentent entre 9 et 10% du budget annuel de ces ménages.

Un article de synthèse publié dans la revue FACTS Reports en 2012 rappelle que « la mise en lumière des pénalités de pauvreté permet d’identifier des leviers à la fois légitimes au regard de la justice sociale et efficaces en termes économiques pour lutter contre la pauvreté en France ». Des solutions innovantes sont aujourd’hui développées tant par des entreprises que des institutions publiques ou des associations afin de proposer des stratégies spécifiques à chaque secteur grâce à une analyse précise et quantifiée des causes.

Publicités