Nouvelle carte des quartiers prioritaires : entre ruptures et continuités

La réforme de la politique de la ville, instituée par la loi du 21 février 2014, porte sur la définition et l’identification des quartiers prioritaires orientant les aides de la politique de la ville. Elle a conduit à la création d’une nouvelle méthodologie, donnant lieu à une nouvelle cartographie des quartiers pauvres français, comme nous vous l’expliquions dans un précédent article. Suite à la publication par le gouvernement de cette carte repensée en juin dernier, l’Insee s’est penchée sur les ruptures et continuités des quartiers pauvres et sur le portrait de leurs résidents. Cette analyse est l’objet du dossier « Politique de la ville en France métropolitaine : une nouvelle géographie recentrée sur 1 300 quartiers prioritaires » inclut dans l’ouvrage « France, Portrait social » de la collection Insee Références, publié ce mois-ci.

L’essence de la politique de la ville est de réduire les inégalités, au sein des agglomérations, entre les quartiers défavorisés et les autres quartiers par des politiques de droit commun (santé, éducation, emploi, etc.) et des mesures d’action spécifiques (rénovation urbaine, soutien aux associations, etc.).

Afin de renforcer l’efficacité de son action, le gouvernement a initié il y a plus de 18 mois une réforme de simplification, visant à remplacer le millefeuille de zones dites prioritaires de l’ancienne politique de la ville (ZUS, Cucs, etc.). Pour cela, le Ministère de la Ville a décidé d’opter pour un critère unique de revenu (les nouveaux quartiers prioritaires sont les quartiers où plus de la moitié de la population a un revenu fiscal inférieur à 60% du revenu fiscal médian, soit moins de 11 250€ par an). Cette approche par les bas revenus offre l’avantage d’être fortement corrélée aux autres indicateurs sociaux (taux de chômage, part des logements sociaux, part des familles monoparentales, etc.) et d’agréger les multiples critères auparavant utilisés, tout en étant utilisable sur un maillage géographique très fin (méthode du « carroyage »  – découpage du territoire en carreaux de 200m de côté).

Le rapport de l’Insee apporte un éclairage sur les conséquences induites par ce changement de méthodologie, tant du point de vue de l’équilibre territorial de la politique de la ville que du profil de ses bénéficiaires.

Ruptures et continuités de la cartographie des quartiers défavorisés

Une politique recentrée

La nouvelle méthodologie met en lumière 1 300 quartiers prioritaires répartis sur 700 communes (contre 2 500 quartiers répartis sur 900 communes pour la précédente cartographie). Si cette redistribution de l’aide conduit à une diminution sensible du nombre de personnes concernées, une certaine continuité est préservée : 94% des habitants des quartiers prioritaires nouvellement définis résident dans des communes auparavant classées en politique de la ville et 62% d’entre eux au sein d’un ancien quartier prioritaire.

De même, alors que cette politique est dans son ensemble uniforme (un seul département français, la Lozère, n’est le foyer d’aucun quartier prioritaire), cinq régions (Île de France, Nord Pas de Calais, Provence Alpes Côte d’Azur, Rhône Alpes et Languedoc Roussillon) continuent de concentrer la majorité de la population bénéficiant de la politique de la ville (67% contre les deux-tiers selon l’ancienne classification).

Une surreprésentation des quartiers urbains

Une grande majorité des quartiers prioritaires se situent dans de grandes agglomérations (+ 200 000 habitants), avec une prédominance de trois régions (région parisienne, Nord, Sud-Est), même si des poches isolées se trouvent dans des territoires ruraux. Cette représentation est identique à celle mise en exergue par la précédente cartographie.

En revanche, un rééquilibrage a été opéré en région parisienne puisque le poids de Paris diminue au profit de sa banlieue. La Seine Saint Denis est d’ailleurs le territoire le plus touché par la pauvreté et est la cible prioritaire de la politique de la ville : un habitant sur huit vivant dans un quartier prioritaire vit en Seine Saint Denis.

De nouveaux entrants

Ce remaniement des quartiers prioritaires de la politique de la ville a été particulièrement ressenti dans les régions Languedoc-Roussillon, Centre et Picardie qui accueillent le plus de nouveaux quartiers prioritaires.

Portrait des résidents des quartiers prioritaires

Des habitants faisant face à des situations de plus en plus dégradées

Selon Valérie Darriau, l’une des auteures du rapport, « on observe dans les nouveaux territoires ciblés des situations encore plus difficiles, plus dégradées que dans les anciennes zones urbaines sensibles (ZUS) ». Cette analyse est soutenue par les données démographiques et sociales de la population de ces quartiers :

  • 64% des ménages sont locataires d’un logement social. Cette proportion est en forte hausse puisqu’ils n’étaient « que » 46,8% sur l’ensemble des ZUS et Cucs.
  • 26% bénéficient de l’allocation chômage.
  • Les familles nombreuses (plus de six personnes) et les familles monoparentales sont de deux fois plus nombreuses que sur le reste du territoire métropolitain (respectivement 7,5% dans les quartiers prioritaires contre 2,4% en France métropolitaine et 7% contre 3,4%).
  • La part de personnes de moins de 14 ans est supérieure de 7 points à celle des autres quartiers des agglomérations englobantes et supérieure de 3 points par rapport à l’ancienne géographie prioritaire.

Des spécificités régionales

Les quartiers prioritaires des régions parisiennes et Centre-Est sont caractérisés par une population vivant en HLM au sein de familles nombreuses tandis que les régions Sud-Ouest et Nord connaissent une surreprésentation des familles monoparentales. Au Sud, la population des quartiers prioritaires est plus âgée et plus mobile.

Pour retrouver l’ensemble de l’analyse de l’INSEE, cliquez ici.

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