Quel bilan pour les initiatives d’inclusive business ?

Lors du forum annuel Business Call to Action (BCtA) qui s’est déroulé le 24 septembre à New-York, l’organisation a révélé son dernier rapport « Flagship Report 2014 » qui fournit un état des lieux des défis, progrès et voies d’amélioration des initiatives d’inclusive business. Alors qu’il est souvent difficile de mesurer précisément l’impact réel de ces projets, tant d’un point de vue économique que social, cette étude permet d’avoir des éléments tangibles pour évaluer les différentes initiatives mises en place, et identifier les secteurs où elles ont le plus d’impact.

Pour rappel, BCtA est une plateforme, portée par l’UNDP, de valorisation des initiatives de RSE développées par des entreprises. Il est intéressant de noter que le profil de ces entreprises a  évolué au fil des années : alors qu’en 2008, 95% des initiatives étaient menées par des grandes entreprises bien établies qui ciblaient les consommateurs du bas de la pyramide dans une perspective d’adaptation ou d’innovation de leur business model, aujourd’hui, 50% des initiatives sont portées par des entreprises en maturation, dont le bas de la pyramide est le cœur de cible et qui cherchent, dans un second temps, à se diversifier vers d’autres marchés.

Cette étude a analysé 94 initiatives menées par des entreprises membres de l’organisation. Celles-ci ont touché 40 millions de ménages (soit 200 millions de personnes), tous secteurs confondus. Parmi les bénéficiaires, 200 000 ménages (soit 1 million d’individus) ont vu leurs revenus augmenter grâce à ces projets (en tant que fournisseurs ou employés par exemple).

Cette étude offre une analyse comparative par secteurs d’activité. Ainsi, les initiatives développées sont principalement à vocation agricole (26%) suivies des initiatives de santé et nutrition (22%). Celles destinées à l’emploi, à l’inclusion financière ou à l’énergie représentent chacune 15% des projets et l’éducation seulement 4%.

Le rapport de BCtA s’est intéressé aux bilan et perspectives d’évolution des initiatives selon leurs secteurs d’activité :

  • Inclusion financière: avec 20 millions d’utilisateurs et 100 millions de bénéficiaires, ces initiatives ont un fort potentiel de développement, notamment grâce aux TIC et au développement de partenariats stratégiques afin de créer des réseaux de distribution locaux.
  • Santé: les initiatives suivent un modèle d’accès aux soins primaires à bas coûts engageant des travailleurs du secteur paramédical.  Grâce aux nouvelles technologies, et parfois aux aides gouvernementales, ces projets sont voués à se développer. Pour se faire, ils devront réussir à développer des partenariats B-to-B afin de s’adapter à la complexité de la chaîne de valeur dans le secteur.  Par ailleurs, les initiatives qui se concentrent sur des problématiques de nutrition en sont à un stage plus précoce.
  • Énergie: les initiatives d’accès à l’énergie soulèvent un constat plus contrasté. Celles qui se sont révélées être un succès se sont basées sur des produits et business model déjà prouvés, offrant des facilités de paiement et un réseau de distribution dont le maillage atteint les villages reculés. Le déploiement de ces projets à plus grande échelle de ces projets est rendu possible par des partenariats B-to-B et des investissements en capital. Face à l’arrivée de concurrents négligeant la qualité des produits, les entreprises doivent faire en sorte que leur marque soit associée à un gage de qualité. Dans cette perspective, les démonstrations publiques d’utilisation des produits ne sont plus suffisantes.
  • Agriculture: les projets dans ce secteur sont caractérisés par un engagement sur le long terme. Deux approches ont été développées par les entreprises : ces dernières cherchent soit à se fournir en matières premières auprès des populations du bas de la pyramide soit à approvisionner le marché BoP. Quelle que soit l’approche retenue, la formation des petits producteurs doit être une condition sine qua none de la réussite d’une initiative.
  • Éducation: le succès des projets à visée éducative est conditionné par l’utilisation des TIC et le soutien des gouvernements locaux.

D’un point de vue économique, la plupart de ces 94 initiatives dégagent un chiffre d’affaires annuel compris entre 1 et 10 millions de dollars. Quelques-unes dans les secteurs de l’énergie ou de la santé parviennent à générer des revenus compris entre 10 et 100 millions de dollars. La corrélation entre chiffre d’affaires et rentabilité n’est cependant pas évidente. Ainsi, dans le domaine de l’énergie, seul un quart des initiatives ont atteint leur seuil de rentabilité.

Enfin, ce rapport met en exergue les stratégies communes de déploiement de ces projets :

  1. Choisir des partenaires partageant les mêmes valeurs et avoir une bonne connaissance des compétences à mobiliser en interne ;
  2. Générer une plus grande « volonté à payer » parmi les clients potentiels (« willingness-to-pay ») soit par la création de nouveaux mécanismes financiers, soit par l’intégration de nouveaux acteurs dans la chaine de valeur ;
  3. Utiliser les technologies de l’information et de la communication ;
  4. Utiliser les contraintes réglementaires comme un levier pour stimuler la demande des populations du bas de la pyramide ;
  5. Combiner le financement externe et interne.
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