L’eau potable à portée de seau

L’Observatoire du BoP relaie ci-dessous le premier article de Juga(d)Africa, tour d’Afrique d’un an débuté en juin dernier par Anne Barbarit et Florian Hug-Fouché sur le thème de l’innovation sociale.

Après un mois de voyage à la rencontre des innovations ingénieuses en Afrique, l’équipe de Juga(d)Africa vient de quitter le Bénin – première escale du périple – pour rejoindre le Togo. Les visites au Bénin ont permis de visiter quelques projets frugaux dont le Centre Songhaï – ferme expérimentale, centre de recherche et de formation situé à Porto-Novo (capitale du Bénin).

L’accès à l’eau potable est un véritable enjeu dans les pays en développement. En Afrique, 400 millions de personnes n’y ont pas accès et 70% des lits d’hôpitaux africains sont occupés par des personnes souffrant de maladies évitables, liées à la qualité de l’eau et de l’assainissement (selon Daniel Kablan Duncan, 1er ministre ivoirien). Malheureusement, les filtres commerciaux comportent des biocides (comme des composés d’argent) qui les rendent chers et donc peu accessibles aux populations locales.

photoIl existe pourtant une solution simple, locale et efficace pour filtrer l’eau et la rendre potable. Ces filtres ont été pensés par des chercheurs de l’université de Newcastle, et sont fabriqués notamment par le Centre Songhaï à Porto Novo, la capitale du Bénin.

Fabriqués selon des techniques « traditionnelles » (ils sont cuits dans les fours des potiers), ces filtres sont faits à partir d’un mélange d’argile et de résidus de culture, comme les balles de riz ou le son, avant d’être chauffés entre 700 et 1000 °C. A ces températures, les résidus de culture se décomposent : ils relâchent du dioxyde de carbone gazeux ce qui forme des pores microscopiques dans le matériau céramisé. Ces pores présentent la taille idéale pour piéger les bactéries et les virus tout en laissant l’eau circuler. Selon les chercheurs britanniques, le filtre piégerait 99,99 % des agents pathogènes ce qui le rendrait aussi efficaces que des filtres commerciaux. Le Centre Songhaï vend ces filtres 14 000 F CFA (environ 20€) mais surtout, il forme les jeunes étudiants du centre à sa fabrication afin qu’ils puissent en fabriquer et les utiliser une fois de retour dans leur famille.

Une innovation simple et locale qui pourrait permettre, en plus de réduire les maladies liées à l’eau, de créer un marché et une dynamique économique locale bienvenue dans ce pays où l’emploi des jeunes et l’assainissement sont des enjeux essentiels.

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