L’Hôtel Ecole Enda à Tananarive : la formation professionnelle accessible à tous

Cet article a été rédigé par Emilie Pleuvret*

Dans la capitale malgache, 60% de la population n’ira pas au-delà de l’enseignement primaire. Parmi les couches vulnérables, les jeunes commenceront à travailler très tôt, le plus souvent dans des activités informelles, à raison de quelques heures par jour, sans rémunération minimale leur assurant un niveau de vie décent. Ces jeunes rêvent d’un avenir meilleur, sans oser y croire. Ils savent depuis leur plus jeune âge que pèse sur eux l’impératif de contribuer aux revenus de leur famille. Et aller à l’école constitue en ce sens un manque à gagner quotidien.

endaCette « impossibilité » d’investir à court terme dans la formation est un obstacle considérable au développement de la grande île. Et ce malgré les potentialités fortes identifiées dans certains secteurs. L’hôtellerie restauration est de ceux là. Faute de main d’œuvre qualifiée, les professionnels locaux peinent à fournir le niveau de service qui permettrait au pays de rivaliser avec les destinations touristiques les plus prisées (Thaïlande, Marc, etc.).

Ainsi la charge de la formation, lorsqu’elle pèse totalement sur les familles, est insurmontable. Et lorsqu’elle est assurée par les seules entreprises (c’est souvent le cas pour la formation professionnelle), conduit ces dernières à parer au plus pressé « avec les moyens du bord ».

Partant de ces 2 constats, l’ONG Enda Océan Indien a imaginé au travers de son projet d’hôtel école un modèle de financement alternatif de la formation professionnelle à destination des jeunes vulnérables. Traditionnellement (en Europe) le financement des écoles hôtelières repose sur quatre piliers : l’Etat, les entreprises (taxe professionnelle), les familles (contribution aux frais de scolarité) et les clients (au travers un restaurant d’application qui commercialise une partie de la production des élèves). A Madagascar, les 3 premiers piliers étant défaillant, le modèle retenu est celui d’un social business couvrant la totalité des coûts de formation grâce aux recettes d’exploitation. L’investissement initial dans le projet a été obtenu de deux principaux bailleurs (UE et AFD) soucieux de tester un modèle de financement de la formation professionnelle pérenne et « duplicable » (géographiquement et sectoriellement). Au-delà de ce financement public initial, l’ONG Enda sait bien que la réussite du projet passe par l’implication des entreprises privées du secteur. C’est pourquoi elle s’est associée au Carlton (hôtel 5 étoiles situé à Tananarive) qui contribue à la définition des référentiels métiers (compétences à enseigner) et dont les équipes participent à la formation des professeurs de l’hôtel école.

Les initiatives BOP sont par définition des initiatives portées par des entreprises souhaitant saisir de nouvelles opportunités de marché, considérées comme peu ou pas exploitées (par elles). Ici, Il ne s’agit pas d’une initiative d’entreprise. Pourtant les 2 démarches (social business et BOP) pourraient in fine se rejoindre : l’ONG Enda au travers de l’entreprise sociale (créée sous le statut de SARL faute d’un autre statut plus approprié) qu’elle a créée et dont elle est l’actionnaire majoritaire, invite les entreprises du secteur à prendre part au capital et/ou à parrainer les jeunes dans leur parcours de formation. Ainsi les entreprises privées contribueront directement ou indirectement à rendre la formation professionnelle accessible aux plus démunis.

*Emilie Pleuvret est en charge du projet Hôtel Ecole au sein de l’ONG Enda Océan Indien, basée à Madagascar.

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