Réhabilitation de bidonvilles : la stratégie bottom-up du programme Baan-Mankong en Thaïlande

Cet article a été rédigé par Pauline Richir*

A Bangkok, comme dans de nombreuses capitales de pays en développement, les bidonvilles sont disséminés aux quatre coins de la ville. Là où un terrain était disponible, des familles se sont installées, souvent depuis plusieurs générations, pour vivre et travailler.

Face au boom économique de ces villes, le prix du foncier s’est envolé et les terrains des bidonvilles sont devenus très convoités par des investisseurs souhaitant lancer des projets immobiliers. Ne pouvant faire valoir aucun droit sur le foncier, les bidonvilles sont souvent rasés pour laisser place à des gratte-ciels et les habitants expulsés n’ont d’autre choix que de reconstruire un nouvel abris de fortune ailleurs.

bangkokPour répondre à ce défi, le Community Organizations Development Institute (CODI) a mis en place une stratégie “bottom-up” en lançant, en 2003, le programme Baan Mankong.

Cette initiative donne à des communautés défavorisées la possibilité de piloter la réhabilitation de leurs bidonvilles. Dès qu’une communauté sollicite le programme, Baan Mankong lui apporte son soutien et son expertise dans les négociations portant sur le foncier et l’immobilier. Si la communauté loue le terrain, le programme l’aide à négocier des taux acceptables et accompagne également les communautés épargnantes dans le rachat des terrains.

La microfinance communautaire constitue la base de Baan Mankong : les habitants doivent épargner ensemble 10% du montant du projet de réhabilitation avant de le démarrer. Au-delà de la sécurisation du foncier et de l’habitat, la microfinance communautaire permet de renforcer la cohésion entre les membres des communautés et de permettre le développement de compétences (gestion de projets, comptabilité, management).

Le programme encourage l’utilisation de modèles financiers adaptables à chaque projet de réhabilitation de bidonvilles et aux besoins de sa communauté. Des prêts de CODI ou la création de City Development Funds (CDFs) redonne à ces habitants, n’ayant que très peu d’accès aux outils financiers traditionnels tels que des emprunts-logements, la possibilité de mener à bien leurs projets de réhabilitation. Les CDFs permettent de passer de l’échelle de la communauté à celle de la ville en créant des liens entre différentes communautés de la ville qui mettent en commun leurs épargnes (système de fonds rotatifs – revolving funds), partagent leurs expériences et capitalisent leurs connaissances et compétences.

Ces CDFs vont au-delà du soutien financier, ils apportent courage et confiance aux populations défavorisées pour mener à bien leurs projets et permettre des changements sociaux favorables aux plus pauvres.

Baan Mankong ne cherche pas à abolir la propriété foncière et à promouvoir l’occupation illégale des terrains mais donne aux citoyens ayant des revenus très bas, l’opportunité de construire un capital social, économique et politique. Cet empowerment  leur permet de sécuriser le foncier et leur habitat ainsi  que de s’impliquer dans la gouvernance urbaine et économique des villes thaïlandaises. Les communautés ont ainsi réussi à construire des partenariats avec des acteurs du développement urbain tels que les propriétaires fonciers (le Crown Property Bureau, des particuliers ou des aménageurs), les autorités locales et d’autres communautés. En neuf ans, 91 986 ménages thaïlandais issus de 1 557 communautés à travers 278 villes thaïlandaises ont participé à ce programme.

*Spécialisée en économie du développement à l’Université Paris Dauphine et en urbanisme (Development Planning Unit à l’University College London), Pauline a travaillé sur des projets urbains au Royaume-Uni et en Thaïlande. Après une expérience au sein du programme de soutien au développement urbain JESSICA de la Banque Européenne d’Investissement, elle a aujourd’hui rejoint l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU).

Publicités