Swift Wash, une alternative pour la réinsertion

Cet article a été rédigé par Marine Morival*

Allier intégration sociale des victimes de prostitution et projet d’entreprise, c’est le pari que s’est lancée l’ONG indienne ARZ en partenariat avec l’Association Acting for Life.

Dans l’Etat de Goa, l’une des régions les plus visitées de l’Inde, le tourisme sexuel a considérablement augmenté et engendré avec lui, un nombre croissant de victimes des réseaux de traite et de prostitution. Afin d’offrir une alternative aux anciennes prostituées et aux proxénètes repentis, ARZ a créé Swift Wash en 2006, un nouveau concept de laverie industrielle.

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Soutenue par Acting for Life depuis 2009, Swift Wash se donne pour mission d’accompagner d’anciennes victimes de prostitution dans leur réinsertion sociale et professionnelle. La laverie fonctionne 7j/7, 365 jours par an grâce à une quarantaine d’employés et pour une douzaine de clients, principalement du secteur hôtelier dont le groupe indien Taj. Les opérations de collecte, de lavage, de repassage et de livraison du linge sont réalisées et supervisées par les employés en réinsertion.

En parallèle de l’activité économique, des activités-supports complémentaires sont proposées : soutien psycho-social, accompagnement juridique, crèche pour les enfants des employés. En sept ans, ce sont près de 500 personnes qui ont bénéficié de l’aide de Swift Wash. Un pari réussi pour cette laverie solidaire qui a su accompagner ses employés sur le long chemin de la réinsertion. Toutes n’ont cependant pas eu la même chance. Malgré un suivi régulier après leur départ de laverie, 13 bénéficiaires sont retombées dans la prostitution.

Concrètement, Swift Wash cherche à répondre de manière innovante aux besoins des populations du bas de la pyramide, généralement stigmatisées. ARZ a su développer avec elle, un modèle de réinsertion unique en son genre, reconnu par les communautés et les autorités locales. Le plan de réhabilitation des « sex workers », soumis par ARZ sur la base de leur expérience dont celle de Swift Wash, a été validé en 2012 par la Cour Suprême afin d’être adapté à l’échelle nationale.

Au-delà de l’enjeu social, le challenge du modèle économique reste toujours à construire. A l’origine du projet, les fondateurs de Swift Wash souhaitaient en faire une structure viable financièrement et autogérée par ses bénéficiaires. Après sept ans d’activité, l’équipe dirigeante a pris conscience de la difficulté de concilier « social » et « business ». En effet, les coûts de fonctionnement plus élevés qu’une laverie classique, le manque d’appui financier des pouvoirs publics et des employés fragiles psychologiquement, sont les défis quotidiens de cette laverie à part.

Peut-on alors réellement parler de social business ? Comment palier les subventions privées dont dépend encore largement le modèle pour le rendre autonome financièrement ? Aujourd’hui, l’exemple de cette laverie indienne montre qu’il est difficile de se construire en tant qu’entreprise sociale ayant une activité économique pérenne sans soutien des autorités publiques.

*Marine Morival est Chargée de Fundraising et Communication chez Acting for Life. Association française de solidarité internationale, Acting for Life soutient l’émergence et le développement d’organisations locales solides et porteuses de réponses innovantes aux défis de la pauvreté et de l’exclusion dans les pays du Sud.  

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