De l’informel au formel : cartographie du réseau de matatus à Nairobi

Malgré l’existence de réseaux de transport officiels, de nombreux Africains préfèrent se déplacer en minibus, lesquels ont l’avantage d’être peu onéreux et extrêmement flexibles. Au Kenya, ces minibus, appelés matatus, ont connu une croissance spectaculaire ces trente dernières années. Pour autant, leur statut n’est pas formalisé, ni même légal, et leurs fonctions varient entre le rôle de taxis collectifs et de bus publics.

Bus-11x17_FINAL__jan27_ver2-page-001Loin d’être anarchique, le système se révèle très performant et on compte plus de 130 lignes différentes de matatus dans la capitale du pays. Les matatus adaptent leurs courses à la demande dans une logique bottom up, tout en reposant sur un ensemble de lignes numérotées, d’itinéraires précis et d’arrêts réguliers définis par les besoins propres à chaque usager. Ainsi, l’utilisation du réseau a longtemps fonctionné de manière intuitive, en fonction des expériences et des habitudes des usagers ou de celles de leurs connaissances.

Récemment, un projet collaboratif est né autour de l’idée de cartographier ce réseau de matatus à Nairobi, afin de contribuer à son optimisation. Le Digital Matatus Network regroupe des étudiants et des chercheurs dans le cadre d’une coopération entre l’Université de Nairobi, le Centre du Développement Urbain Durable de l’Université de Columbia et le Civic Data Design Lab du MIT. 

En s’appuyant sur les connaissances des habitants et la technologie mobile, le groupe de recherche a reconstitué le réseau informel de matatus pour le cartographier. Une fois dévoilée, la carte de bus a rencontré un écho considérable. Ce qui semblait être un système flexible adapté aux besoins de chacun s’est révélé être un système rationnel et centralisé dans le centre-ville de Nairobi.

A travers cette cartographie, certains phénomènes, comme les pics de pollution et les congestions du trafic, trouvent une explication. En contribuant à fluidifier le trafic et à optimiser ce réseau, le projet a également permis d’officialiser le statut des matatus, en facilitant la distribution de licences. Le gouvernement kenyan a en effet choisi d’adopter cette cartographie comme carte officielle des lignes de matatus.

De ce système spontané et complexe découle en fait un réseau de transport non seulement fonctionnel, mais spontané et solidaire. Ce projet, largement inspiré d’initiatives similaires menées à Manille, Mexico et Dhaka, réaffirme une nouvelle fois l’importance de la mobilité en milieu urbain

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