« Teach first » : combattre les inégalités dès l’école primaire

Cet article a été rédigé par Julia Laplane*

Le constat de l’ONG Oxfam « A tale of two Britains » est sans appel. Les cinq familles les plus aisées du Royaume-Uni possèdent autant que les 20% des foyers les plus pauvres, soit 12,6 millions de personnes vivant à la limite du seuil de pauvreté. Ces inégalités impactent le niveau de vie des populations mais également le niveau d’études des enfants et des jeunes.

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L’étude PISA de l’OCDE, qui mesure le niveau de connaissances des jeunes de 15 ans, révèle également l’impact du statut socio-économique des élèves sur leur performance en termes de lecture, de mathématiques et de sciences. Au Royaume-Uni, 13% de la variation des résultats en mathématiques peuvent ainsi être imputés au statut socio-économique des élèves de 15 ans. Il est par la suite difficile de récupérer le retard accumulé dans le système éducatif, ce qui affecte les perspectives de carrières des élèves.

Quelles solutions donc pour lutter contre ces inégalités au sein du système éducatif ? 

En 2001, Brett Wigdortz du cabinet de conseil McKinsey, se penche sur le rôle des entreprises dans l’amélioration du système éducatif à Londres. Cette étude mènera au programme « Teach First ». Teach First se décrit comme une « entreprise sociale » dont le but est de réduire les inégalités d’accès à l’éducation en Angleterre et au Pays de Galles. Ce programme de deux ans, subventionné par l’Etat, forme de jeunes diplômés au métier d’enseignant. Sa particularité réside dans le choix des écoles partenaires. Il s’agit d’écoles primaires et secondaires dans lesquelles plus de la moitié des élèves appartiennent aux 30% des familles les plus pauvres selon le Income Deprivation Affecting Children Index (IDACI).

Lancé en 2002, ce projet a connu un succès immédiat, attirant les jeunes diplômés des universités les plus prestigieuses du Royaume-Uni. En 2013, il devenait le premier recruteur du Royaume-Uni avec 1.261 recrues. De nombreuses entreprises dont Accenture, Google, PwC, Goldman Sachs ou encore Procter & Gamble, soutiennent le projet qui est perçu comme un véritable accélérateur de carrière. Ce soutien prend différentes formes : ateliers de formation, parrainages, accès par défaut aux entretiens d’embauche, etc.

Parfois critiqué pour sa brieveté, il serait néanmoins faux de voir en ce programme une approche court-termiste du métier d’enseignant. Teach First déclenche de véritables vocations. Ainsi 70% des apprentis enseignants continuent de travailler dans le système éducatif, au sein d’écoles, de charités ou d’autres organisations. De plus, 38 nouvelles entreprises sociales ont été créées par des ambassadeurs du programme, dans le but d’adresser les inégalités du système éducatif au Royaume-Uni et à l’étranger. Ces avancées ont permis de porter le débat en dehors de la salle de classe, mobilisant le gouvernement, le secteur social et les entreprises.

Teach First a permis de valoriser la fonction d’enseignant, faisant de l’éducation dans les milieux difficiles un véritable défi qui attire de jeunes diplômés ambitieux. Mais plus qu’un programme éducatif, Teach First est porteur d’un projet de société, comme en témoigne son slogan: « How much you achieve in life should not be determined by how much your parents earn ». Le défi est grand et l’éducation y joue un rôle primordial.

Après une première formation à l’IEP de Lille, Julia Laplane a suivi le Mastère Spécialisé « Sustainable Development Management » à HEC. Elle a par la suite travaillé sur le Better Life Index de l’OCDE pendant deux ans et travaille désormais à Londres pour un magazine d’économie et de finance.

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