Le Compte-Nickel, illustration d’une « innovation inversée »

Lancé officiellement le 11 février dernier dans une soixantaine de bureaux de tabac, le « Compte-Nickel » représente un moyen d’accès facilité aux services financiers pour les populations fragilisées. Fruit de la rencontre entre Ryad Boulanouar, concepteur du Pass Navigo et Hugues Le bret, ancien Président Directeur Général de Boursorama, ce compte bancaire innovant donne accès à une solution de domiciliation bancaire et un moyen de paiement accessible chez les buralistes partenaires.

Compte-NicquelAlors que le lancement de l’initiative a été salué par de nombreux observateurs, le Compte-Nickel s’impose comme une innovation financière majeure, particulièrement adaptée aux populations fragiles ou vulnérables:

  • Les modalités d’ouverture du compte se limitent à la détention d’un téléphone mobile et d’une pièce d’identité, ce qui élargit considérablement le public ciblé par les établissements bancaires traditionnels. En effet, l’ouverture du compte ne dépend d’aucune condition de revenu et ne nécessite aucun dépôt minimum.
  • Les coûts relatifs à la gestion d’un réseau d’agences sont épargnés au client, qui doit s’acquitter de seulement 20 euros pour l’ouverture de son compte. Les frais annuels sont estimés à une cinquantaine d’euros, montant qui peut cependant augmenter au vu des commissions : 50 centimes pour les retraits d’espèces au comptoir (1 euro au distributeur) et commission à hauteur de 2% du montant déposé lors des dépôts d’espèces. 
  • Cette innovation a toutefois l’avantage de préserver, à bas coût, le lien social par l’intermédiaire des buralistes – ce qui annule simultanément la charge symbolique d’intimidation associée à l’image du banquier.

Une fois le compte disponible, il est dès lors possible d’effectuer des opérations bancaires communes, comme domicilier ses revenus et ses prestations sociales, effectuer des virements et mettre en place des prélèvements ou encore payer par carte. 

La Financière des Paiement Electroniques, responsable de la commercialisation du compte-Nickel, n’étant qu’un établissement de paiement, ces nouveaux comptes ne délivrent pas la possibilité de recourir à des crédits, ni par conséquent d’effectuer des découverts.

Avec près de 300 demandes d’ouverture de « Compte-Nickel » par jour, l’initiative s’annonce particulièrement prometteuse. Son bien-fondé avait déjà été démontré dans les pays du Sud, où des systèmes de bancarisation similaires ont d’ores et déjà  été implantés avec succès (Brésil, Colombie, Pérou, Kenya…). Les initiatives d’Agency Banking ou de Mobile Banking (compte bancaire relié à un téléphone mobile) sont autant de projets visant à faciliter l’inclusion financière des populations isolées socialement ou géographiquement .

Si les motivations diffèrent au Nord et au Sud, le modèle bancaire mis en place par le Compte-Nickel reste similaire, ce qui amène de nombreux observateurs à parler de « reverse innovation ». Face au constat d’un pouvoir d’achat en baisse, les solutions mises en place dans les pays du Sud inspirent en effet de plus en plus les entrepreneurs au Nord. De nombreuses initiatives d’innovation inversée ont ainsi vu le jour pour répondre à la demande croissante des populations des pays occidentaux –  positionnant désormais les pays du Sud comme des laboratoires d’idées à destination des pays du Nord.

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