La nouvelle carte de la pauvreté en France

Lundi 17 novembre, le journal Libération a dévoilé la « nouvelle carte de la pauvreté en France », sur laquelle travaille le Ministère de la Ville depuis plusieurs mois. Beaucoup plus précis, ce nouvel outil cartographique doit permettre de repenser la politique de la Ville en concentrant l’aide sur les quartiers qui en ont le plus besoin.

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Alors que la politique de la Ville – qui repose depuis une trentaine d’années sur la superposition de « géographies prioritaires » (Zones Urbaines Sensibles –  ZUS, Contrat Urbain de Cohésion Sociale – Cucs, etc.) – était devenue illisible et partiellement déconnectée des réalités sociales, le Ministère de la Ville a décidé d’engager une grande réforme de la politique de la Ville afin de remettre à plat le plan d’aide aux quartiers les plus touchés par la pauvreté. La réforme doit être votée à l’Assemblée Nationale aujourd’hui même.

Une méthodologie plus précise pour identifier les nouveaux territoires de la pauvreté

Pour ce faire, le Ministère a dû renouveler son appareil statistique. Jusqu’à présent, six critères étaient analysés pour identifier les territoires les plus vulnérables : (1) nombre de chômeurs, (2) de jeunes, (3) de familles monoparentales, (4) d’immigrés, (5) de bénéficiaires de l’APL (aide au logement), et (6) de logements. Appliquée à l’échelon des Iris (groupes de 2000 habitants), cette méthodologie présentait des limites. En effet, pris séparément, les critères ne sont pas forcément pertinents et ne permettent pas toujours de refléter la réalité sociale d’un territoire. Le Ministère de la Ville, en collaboration avec l’INSEE, a donc développé une nouvelle méthodologie pour cartographier la pauvreté de manière beaucoup plus précise. Cette dernière s’appuie sur la technique du « carroyage », un découpage du territoire en carreaux de 200m de côté. Les nouveaux territoires de la pauvreté correspondent aux carreaux où plus de la moitié de la population a un revenu fiscal inférieur à 60% du revenu fiscal médian (soit moins de 11 250€ par an).

Une redistribution de l’aide sur le territoire

Grâce à cette nouvelle méthodologie, le Ministère a identifié 1300 quartiers correspondant à des poches de pauvreté sur le territoire national. En pointant du doigt les incohérences et l’obsolescence des zonages actuels, cette nouvelle carte de la pauvreté va ainsi redistribuer les cartes de la politique de la Ville. Alors que certains quartiers qui bénéficiaient jusqu’à présent d’aides vont sortir du dispositif (dans la mesure où ils ne correspondent plus à des zones de précarité sociale), de nouveaux entrants – qui échappaient jusqu’à maintenant au radar du ministère – vont faire leur apparition.

A titre d’exemple, le vieux quartier du centre-ville d’Amiens – d’apparence coquette avec ses petites maisons traditionnelles en bois, mais qui cache en réalité des situations d’extrême pauvreté – fait désormais partie des territoires prioritaires de la Politique de la Ville. De même, que certains quartiers de Guéret dans la Creuse, qui, bien que la pauvreté y soit invisible à l’œil nu, concentrent de nombreuses difficultés.

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Vue d’Amiens, avec en jaune les « nouveaux » quartiers pauvres qui bénéficieront de la politique de la Ville. En bleu et en rouge, les actuelles zones classées (Cucs et ZUS respectivement), qui sont amenées à disparaître.

Des outils cartographiques utiles pour les entreprises

Alors que de plus en plus d’entreprises s’intéressent à la problématique de la précarité en France (Renault avec son programme Mobiliz, Total et son programme de lutte contre la précarité énergétique, SFR à travers son partenariat avec Emmaüs Défi, Danone avec son Programme Malin pour bien grandir, etc.), cette nouvelle carte de la pauvreté s’avère particulièrement utile. En effet, pour être en mesure de proposer des offres adaptées aux besoins des populations vulnérables, il apparaît crucial de savoir où elles se trouvent précisément et de comprendre qui elles sont.

En partenariat avec le cabinet d’études 2EI et avec la collaboration de Transdev, Azao a notamment conçu un outil pour cartographier la « vulnérabilité-mobilité » à l’échelle d’un territoire. En s’appuyant sur une double approche quantitative (analyse de plusieurs indicateurs sur les contraintes et pratiques de mobilité des ménages) et qualitative (entretiens avec des acteurs locaux et des ménages), cet outil permet de repérer les territoires où les ménages sont les plus vulnérables en matière de mobilité et risquent de basculer dans la précarité énergétique. Ce diagnostic du territoire doit ainsi permettre de concevoir des solutions concrètes et adaptées pour faciliter la mobilité des usagers.

Pour information, l’outil développé par Azao et 2EI est présenté dans un rapport récemment publié par CDC-Climat (Caisse des Dépôts) sur la problématique de la précarité énergétique.

La nouvelle carte de la pauvreté du Ministère de la Ville n’a pour l’instant pas été rendue publique.

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