Nouveau rapport de l’institut de recherche américain « Brookings Institution » : les technologies mobiles au service de la lutte contre la pauvreté

Darrell M. West, Directeur du Centre pour l’Innovation technologique du Brookings Institution, a rendu public, au mois de mai dernier, un rapport sur les nouvelles opportunités économiques qui s’offrent aux pays en développement via l’usage des technologies mobiles. 

Brookings Institution

Les technologies mobiles connaissent une croissance exponentielle à l’échelle mondiale et tout particulièrement dans les pays en développement. Selon le rapport 2013 de l’International Telecommunication Union, le taux de pénétration du téléphone portable est de 96% à l’échelle mondiale, ce qui signifie que 6,8 milliards d’individus détiennent un téléphone mobile sur une population totale de 7,1 milliards.

Selon l’étude du Brookings Institution, ces technologies sont en train de révolutionner la lutte contre la pauvreté dans les pays en développement pour deux raisons principales :

  • Elles facilitent l’accès aux services financiers ;
  • Elles offrent de nouvelles opportunités de business.

Les dispositifs mobiles ont largement contribué à lutter contre l’exclusion financière des populations à la base de la pyramide. Le mobile-banking permet, en effet, d’accéder à de nombreux services financiers via un simple téléphone portable : virements à l’étranger, paiement en ligne, gestion d’un compte bancaire à distance, épargne, micro-crédit, micro-assurance, etc.

De nombreuses entreprises se sont lancées dans le développement de ces services financiers en ligne et rencontrent, aujourd’hui, un très grand succès à travers le monde. C’est notamment le cas de la plateforme M-Pesa, au Kenya, dont le modèle économique a été répliqué dans de nombreux autres pays. L’entreprise indienne Eko a, par exemple, développé ce type de plateforme en ligne, offrant une multitude de services financiers à ses clients. Cette dernière, qui compte aujourd’hui 70 000 clients et 470 magasins (dans lesquels elle vent ses téléphones portables) a reçu plusieurs prix récompensant son innovation technologique auprès des populations à bas revenus.

D’autres entreprises se sont, quant à elles, spécialisées dans la microfinance en ligne. Il s’agit, par exemple, de la plateforme Kiva qui octroie des micro-prêts à des entrepreneurs à travers le monde via les technologies mobiles. Depuis sa création en 2004, cette dernière a octroyé des prêts à plus de 1,4 millions de petits entrepreneurs. A ce propos, le rapport du Brookings Institution rappelle que la microfinance peut être un véritable outil de lutte contre la pauvreté et d’émancipation pour les femmes. Il s’appuie, notamment, sur une étude du Consultative Group to Assist the Poor (CGAP) qui révèle que les personnes ayant accès aux services financiers (micro-crédit et micro-assurance principalement) seraient plus à même de faire face aux difficultés économiques du quotidien que ceux qui en sont exclus.

Au-delà de rendre plus accessible les services financiers aux plus pauvres, les technologies mobiles offrent également de nouvelles opportunités de business aux petits entrepreneurs. Tel que le souligne ce rapport, ces nouvelles opportunités se développent, de plus, dans des secteurs à fort impact social : éducation, santé, agriculture, etc. C’est notamment le cas du programme mPedigree : lancé au Ghana en collaboration avec la plus grande entreprise de télécommunications du pays, cette plateforme fournit des informations pharmaceutiques précieuses à ses clients. A travers l’envoi de messages textes, les utilisateurs de l’application reçoivent des indications sur les médicaments de leur choix afin de s’assurer de leur qualité (près de 50% des médicaments vendus au Ghana sont des contrefaçons). De même, la plateforme Farmerline fournit des un grand nombre d’informations stratégiques aux agriculteurs du Ghana via leur téléphone portable (conseils techniques, évolution des prix du marché, prévisions météorologiques, etc.).

Finalement, le rapport souligne l’importance de développer un cadre favorable au commerce et à la finance. De nombreux défis sont encore à relever : manque cruel d’infrastructures de base, système financier non transparent, problèmes graves de corruption engendrant des coûts supplémentaires à chaque transaction (5% du PIB mondial par an selon un rapport du United Nations Global Compat), etc. Tous ces problèmes sont autant de barrières à franchir pour instaurer un cadre favorable à la croissance et au développement, sans lequel la meilleure des technologies ne pourra rien changer au sort des plus pauvres.

Le rapport est téléchargeable ici.

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