Centre d’Analyse Stratégique : Risques et opportunités des stratégies BoP dans les pays développés

Le Centre d’Analyse Stratégique a publié fin novembre une note d’analyse sur le rôle des entreprises dans la lutte contre la pauvreté, notamment dans les pays développés. Au-delà de la promotion de la diversité ou de l’insertion des publics vulnérables par les entreprises, le CAS s’intéresse aux perspectives et opportunités des stratégies « BoP » dans les pays du Nord.

CAS

Le CAS revient tout d’abord sur les origines du BoP et sur les opportunités qu’une telle stratégie offre aux entreprises. Innovation technique et conquête de nouveaux marchés d’une part, mobilisation des salariés et amélioration de la société d’autre part : adopter une stratégie BoP permet en théorie à l’entreprise d’augmenter ses revenus tout en développant son impact social.

Le CAS complète cette rapide analyse en identifiant deux types de BoP. Le BoP dit 1.0 tout d’abord qui consiste simplement à adapter un produit existant à un public moins aisé. Le BoP 2.0, quant à lui, constitue une réelle innovation en termes de produit et de consommation : il vise en effet à développer des conditions d’accès favorables aux consommateurs habituellement isolés des circuits de consommation en les associant notamment à l’élaboration du modèle. Le CAS cite ici l’exemple de Chotukool, un système de réfrigération développé en Inde, moitié moins cher qu’un réfrigérateur d’entrée de gamme. Conçu en étroite collaboration avec les potentiels consommateurs, il est adapté aux besoins des populations pauvres.

Le CAS rappelle cependant que les success stories BoP à l’heure actuelle ne se concentrent majoritairement que dans certaines zones géographiques – Inde et Bangladesh-, autour de quelques domaines clefs – services financiers, alimentation, télécommunications- et qu’il est encore difficile d’en estimer le nombre exact de bénéficiaires ainsi que l’impact social global.

Après ce rapide bilan, la note d’analyse s’intéresse aux opportunités d’application de ces stratégies dans les pays développés et identifie deux facteurs favorables : le taux de pauvreté en France qui avoisine les 13.5% et surtout le phénomène de la « double-peine » qui pénalise les foyers déjà fragilisés à hauteur de 1000€ par an en moyenne.

Cependant, le modèle rencontre aujourd’hui quelques critiques, notamment de la part de l’universitaire américain Aneel Karnani qui remet en doute l’existence même du marché BoP. Il souligne la rareté des stratégies BoP réussies qui répondent à la fois aux trois impératifs de rentabilité, de focalisation sur les plus pauvres et d’impact social positif. Si au Sud les marchés encore très jeunes sont réceptifs à ces produits, qu’en est-il des marchés du Nord où produits low-cost et politiques sociales comblent déjà une partie de la demande ? Dans ce sens, le CAS relève d’ailleurs l’absence de littérature économique, qui, chiffres à l’appui, présenterait le BoP comme une réelle opportunité dans ces pays.

Le CAS conclue en identifiant deux enjeux majeurs dans la mise en place du BoP dans les pays développés : réussir à mesurer l’impact réel de ces produits  sur les populations ciblées ainsi que les profits dégagés d’une part, et d’autre part, réussir à créer un véritable climat de discussion et de collaboration entre entreprises et société civile.

Le CAS cite enfin deux initiatives prometteuses en France : un programme d’alimentation infantile dans les ménages pauvres, le programme Malin, mis en place par Danone et la Croix-Rouge, ainsi que le programme de téléphonie solidaire, développé par Emmaüs Defi et SFR.

La note d’analyse est téléchargeable ici.

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