Impact² : première grande rencontre de l’impact investing en France

Mercredi 11 avril 2012, dans les salons de l’Hôtel de Ville, à l’initiative du fonds d’investissement français Le Comptoir de l’Innovation et du social business hub américain Social Capital Markets (SOCAP), s’est tenue la première rencontre en son genre en France sur le concept d’impact investing, un nouveau segment de la finance au service de la recherche d’impact environnemental et sociétal.

Evènement "Impact²" organisée par Le Comptoir de l'Innovation et Social Capital Markets, le 11 avril 2012

L’évènement a réuni quelques 200 professionnels de la finance, du capital investissement et de l’entrepreneuriat social autour de la thématique du financement des entreprises sociales en France et dans le monde. Bien qu’issus d’univers très différents, souvent même présentés comme contradictoires, investisseurs et entrepreneurs sociaux convergent de plus en plus autour d’un objectif commun : « creating blended value« .

La principale question reste : comment l’impact investing, qualifié de marché de niche par les intervenants, peut-il évoluer en un véritable marché où offre et demande de financement peuvent se rencontrer, et attirer un public plus large?

La nécessité de définir les infrastructures du marché

Une étude menée par le cabinet d’études Opinionway et Le Comptoir de l’Innovation a été présentée au cours de la soirée, mettant en avant l’image positive réciproque qu’investisseurs et entrepreneurs sociaux ont l’un de l’autre et la convergence de leurs besoins et capacités. Toutefois, l’enquête démontre que l’impact investing doit développer une véritable infrastructure de marché, point qui a été fortement souligné par Grégoire Schöller, Assistant de Michel Barnier, Commissaire européen pour le marché intérieur et les services :

  • En premier lieu, poser les bases d’un cadre juridique propice au développement d’entreprises profitables qui recherchent la création de valeur extra-financière semble incontournable pour favoriser un changement d’échelle de l’impact investing.
  • Créer des outils et des plateformes d’interaction financière spécifiques à l’impact investing, distincts des marchés financiers traditionnels, est un besoin exprimé à la fois par les investisseurs et les entrepreneurs sociaux.
  • Repenser les processus d’investissement apparait aussi comme un enjeu important pour les investisseurs, à savoir : développer des repères de notation et de certification extra-financière communs, mettre en place des réseaux d’intermédiation et des plateformes de co-investissement pour favoriser le partage de risques et financer l’accompagnement des entrepreneurs, définir les scénarios de sortie, etc.
  • Enfin, la question de la visibilité de ce marché est posée. Pénélope Douglas, Présidente du Conseil d’Administration de SOCAP, a insisté sur la nécessité de s’interroger sur l’image de marque de l’impact investing, afin d’en faire un sujet connu d’un plus grand nombre.

L’impact investing pour le développement de biens et services à destination du BOP

« 7 minutes pour convaincre », c’était le titre de la deuxième partie de la conférence, dédiée à la rencontre avec des entrepreneurs sociaux venus d’Europe, d’Asie et d’Amérique Centrale pour faire leur pitch à la salle d’investisseurs. Tous ont pu développer des biens et services à destination du BOP en bénéficiant d’un partenariat avec des fonds d’impact investing et sont formels sur un point : ils répondent avant tout à un besoin de marché existant, il ne s’agit pas de faire de la philanthropie. Mais à la différence d’une entreprise traditionnelle, ils s’adressent à des consommateurs en situation d’exclusion économique ou sociale, qui n’ont pas accès à des biens et services de base. En voici quelques exemples :

  • Ben Sandzer Bell a lancé l’entreprise CO2 Bambu qui produit et vend des logements économiquement accessibles à des populations à bas revenus au Nicaragua et en Haïti. L’impact est triple: à la fois économique, car créateur de revenus et d’emplois dans des zones marginalisées où le taux de chômage atteint 85%; environnemental, en produisant des logements respectueux de l’environnement et favorable à la reforestation; et social, en répondant au besoin de logements financièrement accessibles. Mais Ben Sandzer Bell aura bien insisté que son entreprise répond aux mêmes exigences qu’une entreprise traditionnelle : « notre challenge est aussi de convaincre nos consommateurs BOPs qu’une maison en bamboo est un produit attirant pour eux. Ils doivent avoir envie de l’acheter« .
  • Jack Sim est le président de la WTO : World Toilet Organization, qui développe des sanitaires en réponse au besoin de 2,5 milliards de personnes dans le monde qui n’ont pas accès à des structures d’assainissement. Pour Jack Sim, la clé de la réussite de son entreprise repose sur une approche de marché : « a big shift will happen when we look at the poor as a customer« , a-t-il souligné lors de sa présentation, en insistant sur son utilisation du « aspirational marketing » comme stratégie pour changer la perception de son produit et en faire une marque d’ascension sociale pour le consommateur BOP;
  • Marc Castagnet et Harald Schützeichel ont présenté leur entreprise de photovoltaïque Suntransfer, qui produit des panneaux solaires pour des régions en Afrique qui n’ont pas accès à l’électricité. « Cheap and affordable« , leur produit s’insère dans un marché où l’unique alternative est l’utilisation de la lampe à kérosène, pourtant cause de maladies respiratoires et d’incendies mortels dans les foyers où elle est utilisée. « Nous développons un produit financièrement accessible aux plus pauvres, qui contribue à la réduction de risques de mortalité et l’augmentation du niveau de vie« .

Un exemple d'entreprise sociale ayant pu répondre à un besoin du marché BOP grâce à l'impact investing : CO2 Bambu, dans le secteur du "low-income housing" en Amérique Centrale

Perspectives d’avenir de l’impact investing

La conférence s’est achevée par une table ronde sur les perspectives d’avenir de l’impact investing à laquelle participaient notamment Peter L. Scher, Vice-Président de JP Morgan Chase & Co, qui a intégré dans ses activités de banque d’investissement une unité de finance sociale depuis 2007 et qui publia le rapport « Insight into the Impact Investment Market » en décembre 2011, ainsi que le Prince Maximilien du Liechtenstein, PDG de LGT Group, entre autres. Deux points majeurs peuvent être retenus de cette table ronde :

  • D’une part, de plus en plus de banques d’investissement pourraient, à l’image de JP Morgan, se tourner vers l’impact investing, non pas dans le cadre d’une stratégie plus large de responsabilité sociale comme beaucoup peuvent le croire, mais parce qu’il existe un véritable intérêt économique à participer à ce nouveau segment de la finance. De nombreux challenges sociétaux entravent la croissance économique ; or l’impact investing va jouer un rôle de levier de croissance auquel il va devenir indispensable de participer à l’avenir.
  • D’autre part, les expériences actuelles montrent que de plus en plus de jeunes diplômés et de postgraduates se détournent de la finance traditionnelle à laquelle ils se destinaient pour rentrer dans une carrière orientée vers l’impact investing. De plus en plus de personnes mettent leurs compétences et leur expérience au service de ces nouvelles pratiques, permettant la diffusion d’une culture du leadership du changement dans les sphères de la finance.

En conclusion, Nicolas Hazard, Président du Comptoir de l’Innovation, souligna l’importance de ce type d’évènements autour desquels se fédèrent les parties prenantes de l’impact investing et permettent de donner les impulsions nécessaires à la consolidation d’un marché à part entière. Au terme de la partie conférence de l’évènement, les investisseurs ont pu interagir avec une quinzaine d’entrepreneurs sociaux dans des secteurs variés (santé, logement, insertion, commerce équitable) à l’occasion d’une « Innovation Showcase« , comme pour simuler à quoi pourrait ressembler ce marché mainstream de l’impact investing qu’ils cherchent à construire.

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